Comme je vous l’ai annoncé plus tôt, nous avons créé la Fondation Germine J. Brasier, une organisation à but non lucratif pour assister les enfants haïtiens venus déambuler dans les rues de la république voisine à la recherche de meilleures conditions de vie.

Dans le cadre de ce projet, nous avons commencé des prospections dans certains quartiers pour tenter de mieux comprendre comment les aider. C’est ainsi que j’en suis venue à sillonner les rues de la ville de Santiago de los Caballeros, où se trouve le siège de la Fondation. J’ai suivi leur parcours dans la ville pour atterrir dans ce bidonville où ils viennent dormir à la belle étoile, sur un bout de tissu aussi immonde que les environs.


Repaire d’enfants défavorisés: cliquez sur l’image pour voir une courte vidéo sur Facebook

CONCLUSION ETONNANTE

J’ai été d’abord bouleversée et déçue de tout ce que j’ai appris. En fait, comme tout gavroche qui se respecte, eux aussi AIMENT ÊTRE DANS LES RUES. ET TIENNENT À Y RESTER! 😥😢 Mais pourquoi?

  • Parce qu’ils y gagnent leur vie, certains jours, presqu’aussi bien qu’un manutentionnaire, sans avoir à rien soulever. Leurs recettes leur viennent des passants mais surtout des JEUX DE HASARD.
  • Parce qu’ils ne souhaitent pas se retrouver enfermés dans les organismes prévus pour eux, entourés de murs ÉLECTRIFIÉS (électrifiés selon leurs dires. A vérifier)

DEUXIÈME SURPRISE

Même les plus jeunes fument déjà tout ce qui leur tombe sous la main. Comment les aider sans les désintoxiquer? Comment les désintoxiquer sans les enfermer dans ces prisons déguisées comme les organismes susmentionnés?

L’apprivoisement a été particulièrement difficile car ils ont toutes sortes d’angoisses pour les raisons suivantes, entre autres:

  • 1) la plus incroyable: la peur de la sorcellerie. Ils ont ramené de chez nous les principes appris depuis leur tout jeune âge: TOUT LE MONDE VEUT VOLER TON ÂME, enfant ou adulte. C’est avec cette même peur qu’on nous manipule tous. Et supposément on peut te la voler ne serait-ce qu’en parlant à quelqu’un que tu ne connais pas. Alors accepter un cadeau d’un parfait inconnu, laisse tomber! Sous un viaduc où ils passent leurs aprèms, un petit, peut-être 10 ans, souffrait d’une affection de peau très avancée, je lui ai proposé de l’emmener chez le docteur juste pour la forme car il avait déjà refusé jouets et petits gateaux. Son compagnon plus âgé a pris quelques cookies, lui non… il n’osait même pas s’approcher de moi. C’est pareil chez nous, ça m’est déjà arrivé avec adultes et enfants de me faire jeter en offrant de l’argent qui dépassait la somme d’une aumône « réglementaire ». Offrir trop est toujours suspect! Même pour des mendiants adultes.
  • 2) la peur des services de l’immigration, peur de se faire rapatrier. Selon le consul c’est illégal mais illégal ne signifie malheureusement pas impossible, selon les témoignages reçus
  • 3) la peur de la police qui les emmène en garde à vue parce que les jeux de hasard sont interdits,
  • 4) la terreur des services sociaux qui enferment « les heureux élus » dans cette prison dorée électrifiée.Voilà pourquoi ils ne savent plus où se mettre quand ils voient arriver quelqu’un qui veut leur parler.

Mais au milieu de toute cette tristesse, mon cœur a reçu un peu de baume quand, sur le bord de ce cours d’eau nauséabond, un jeune de 15 ans a murmuré, la tête bien enfouie dans ce qui reste de son t-shirt, qu’il aime l’école et aimerait pouvoir y retourner 🥳🥳🥳🥳🥳🥳

Nous avons parlé à un monsieur qui fait fonction de conseiller auprès d’eux et qui nous a confirmé qu’il y en a deux avec qui nous pourrions essayer quelque chose. L’autre était absent, encore dans les rues, mais John a eu la chance d’être rentré plus tôt.

Il fallait voir ce sourire quand je lui ai dit que je le trouvais beau, qu’il allait avoir de beaux vêtements, qu’il allait manger à sa faim, étudier, que je ne l’enfermerais nulle part mais que j’ai besoin qu’il s’engage à étudier. Son visage s’est illuminé, et le « conseiller » nous a promis de s’assurer qu’il fasse ses devoirs. Il croit en lui, il est même le seul qu’il héberge chez son fils. Oui, il fume aussi, j’espère que sa nouvelle vie lui en enlèvera le besoin au fur et à mesure.

Donc, voilà, on a notre premier fils, le « pionnier ». Si on réussit avec lui, quelques autres voudront le rejoindre, c’est mon plus grand souhait en tout cas! On va continuer a discuter avec lui pour tenter de le « connaitre » un peu, cerner ses angoisses, ses traumas, ils en ont tous, papoter, le mettre en confiance, avoir des infos sur sa famille, avant d’attaquer les cours.

Le conseiller et sa femme sont partants pour être les témoins pour sa déclaration tardive d’acte de naissance… Ce qui me ramène aux promesses du Consul Général d’Haiti à Santiago, dont je ne vous ai pas encore parlé.

Voilà! Je vous embrasse très fort. Merci pour vos prières et/ou vos bonnes ondes pour qu’on se retrouve toujours sur le chemin de ceux qui ont réellement besoin de notre aide et qui sont prêts à la recevoir. Grosse bise😘

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